Rendre visite à Dona Neta, sorcière de son métier, n’est pas à la portée de toutes les bourses. Lorsque je manifeste mon intérêt à assister à l’une des cérémonies, les prix explosent. José, un membre de la famille de la guérisseuse qui s’est improvisé imprésario, me glisse à l’oreille: «Si l’on veut que la cérémonie soit réussie, il faudra au moins cinq musiciens et 4 danseuses.» Coût estimé de l’opération, 500 méticais, soit près de 150 francs suisse! Alors que les négociations vont bon train, José ajoute que Dona Neta participera bientôt à une foire folklorique ou elle représentera le Mozambique à Maputo dans la capitale.

Prêt à tout pour se faire de l’argent, saignant les rares touristes aussi bien que leurs compatriotes, les «Curandeiros », version lusophone des marabouts sénégalais, sont très peu connus en Europe. Véritable institution au Mozambique, il existe même une association nationale qui se charge de défendre leurs intérêts à Maputo. Conscient du potentiel touristique de certaines pratiques de magie noire, certains sorciers n’hésitent pas à offrir leurs services aux étrangers de passage dans le pays de Cabral. Le problème c’est qu’ils prétendent à bien plus que des tours de passe-passe pour attrape nigaud. Affirmant pouvoir se substituer à la médecine traditionnelle en faisant appel aux esprits des morts, rares sont les maux pour lesquels ils ne possèdent pas de cures. Lorsque l’on demande à Dona Neta si elle soigne des personnes séropositives, elle répond vaguement que: « tout se soigne avec les esprits». En échange de pièces sonnantes et trébuchantes elle propose ses services aux villageois tout en renvoyant les patients trop atteints par la maladie dans les hôpitaux locaux afin d’éviter qu’ils ne meurent sous son toit. Bien au courant de ces pratiques, Dona Luiza, infirmière autodidacte, mène une croisade pour sensibiliser ces concitoyens contre les dangers de ce type de « médecine traditionnelle». Tous les deux jours elle donne une conférence improvisée dans l’hôpital de Catandica. L’objectif : pousser de plus en plus de patient atteint du VIH à se faire traiter avec de la médecine moderne. Lorsqu’on lui demande ses motivations, elle répond instinctivement: «J’ai vu trop de gens se faire soigner par des Curandeiros et ne jamais revenir.» Dona Luiza explique qu’il est fréquent que lorsqu’une personne se voit diagnostiqué le virus du HIV elle préfère se rendre chez son guérisseur traditionnel. « Les patients ont tendance à penser qu’ils ont reçu un mauvais sort qui leur a été envoyé par un membre de leur famille ou même un rival amoureux.»
Malgré de nombreuses tentatives de prévention, ces situations demeurent fréquentes. «En général la personne atteinte reste un à deux mois dans une case apprêtée pour lui par le sorcier.» Lorsque leur état de santé se dégrade trop ils sont renvoyés chez eux sans autre forme de procès.
Le rituel auquel j’assiste est long et fastidieux. Pour pouvoir remercier les esprits, les femmes se mettent à pousser des cris gutturaux, le tout sous le roulis continu des tambours battant. Après moins d’une heure, la cérémonie se termine et je reste sur ma faim. Sans prendre la peine de me dire au revoir, notre sorcière de pacotille sort de la poche de sa tunique un portable dernier cri avant de me faire signe qu’il est temps pour moi de partir. Je repense alors aux paroles de Dona Luiza: « Au final, tout ce que veulent ces charlatans c’est de l’argent et tous les moyens sont bons pour en faire, surtout la détresse des gens.».
Antoine Harari